La Réunion, Maurice, Rodrigues : un archipel à la biodiversité exceptionnelle, mais fragilisée. A partir de 2025, le Conservatoire Botanique National de Mascarin (CBNM) et la Mauritian Wildlife Foundation (MWF) unissent leurs forces dans le cadre d’un projet inédit : dresser la Liste rouge de la flore endémique des Mascareignes selon les critères de l’UICN (Union Internationale pour la Conservation de la Nature).
Un hotspot mondial menacé
L’archipel des Mascareignes fait partie des zones de biodiversité les plus remarquables de la planète. Isolées dans l’océan Indien, La Réunion, Maurice et Rodrigues abritent une flore endémique d’une richesse sans équivalent : des espèces qui n’existent nulle part ailleurs au monde, forgées par des millions d’années d’évolution insulaire.
Mais cette richesse est aujourd’hui sous pression. Espèces exotiques envahissantes, déforestation, urbanisation, surexploitation des milieux, activités agricoles, pollutions, changement climatique : les menaces s’accumulent. Et paradoxalement, pour beaucoup de ces plantes, nous ne savons même pas encore avec précision à quel point elles sont en danger.
Quelques chiffres-clés :
* 3 îles concernées : La Réunion, Maurice, Rodrigues
* 141 espèces endémiques des Mascareignes à évaluer
* + 17 taxons infraspécifiques endémiques des Mascareignes, c’est-à-dire des sous-espèces ou des variétés endémiques
Pour mieux protéger une espèce, il faut d’abord connaître sa situation à l’état sauvage dans son milieu naturel et quelles menaces pèsent sur elle. C’est ce que RED MASC va permettre.
Pourquoi une Liste rouge maintenant ?
La Liste rouge de l’UICN est l’outil de référence mondial pour évaluer le statut de conservation des espèces. Elle classe chaque espèce, animale et végétale, selon des critères rigoureux : taille des populations, tendances d’évolution, surface d’habitat naturel, en catégories allant de “Préoccupation mineure” à “Éteint à l’état sauvage”.
Disposer d’évaluations à jour pour la flore des Mascareignes, c’est donner aux gestionnaires d’espaces naturels, aux décideurs et aux scientifiques un outil commun concret pour prioriser les actions de conservation.
C’est aussi une reconnaissance internationale du patrimoine végétal de ces îles. À ce jour, ces évaluations sont fragmentaires, éparses, souvent obsolètes. RED MASC va changer cela.
Les quatre grandes actions du projet RED MASC
Action 1 : Pré-évaluation et missions dans les îles Mascareignes
Nous dressons l’état des lieux des connaissances disponibles, collectons des données sur les 141 espèces endémiques des Mascareignes, et menons des missions de coopération à Maurice et Rodrigues.
Action 2 : Comité de validation
Nous menons des ateliers réunissant les experts des trois îles pour valider et affiner les évaluations de l’état de conservation des espèces endémiques des Mascareignes selon le format standard UICN.
Action 3 : Consolidation des données
Nous travaillons à l’homogénéisation et la mise en forme des évaluations pour soumission à l’UICN Monde, avec une coordination internationale.
Action 4 : Valorisation et communication
Nous communiquons sur les sites internet dédiés, réalisons la publication PDF des résultats, avec restitution finale à Maurice. Des publications régulières sur les réseaux sociaux sont faites tout au long du projet.
La feuille de route du projet RED MASC s’étend sur deux ans (2025-2026). Les résultats seront donc publiés à la fin de l’année 2026.
Tout au long de ces deux années, RED MASC donnera à voir les coulisses du travail de conservation : les espèces évaluées, les missions de terrain, les rencontres entre experts des trois îles. Des publications régulières accompagneront chaque étape du projet, car la conservation de la biodiversité ne peut se faire sans les communautés qui vivent au contact de ces espèces, et sans les personnes qui portent un regard attentif sur la nature des Mascareignes.
RED MASC : une coopération régionale unique qui rassemble de nombreux acteurs
Une convention a été signée entre le Conservatoire Botanique National de Mascarin (CBNM), basé à La Réunion, et la Mauritian Wildlife Foundation (MWF), organisation non gouvernementale de référence pour la conservation à Maurice.
Le CBNM apporte son expertise botanique, sa connaissance approfondie de la flore réunionnaise et une méthode d’évaluation simple de l’état de conservation. La MWF ouvre les portes du réseau d’acteurs mauriciens et rodriguais de la conservation de la flore.
Ensemble, nous coordonnons une communauté d’experts professionnels et amateurs des trois îles, condition indispensable pour obtenir des évaluations consensuelles et fiables.
De nombreux autres partenaires gouvernementaux se joignent à cette démarche d’envergure régionale qui porte sur les trois îles de l’archipel des Mascareignes, dont le National Parks & Conservation Service, l’Herbier National de Maurice, le Forestry Service, placés sous l’autorité du Ministère mauricien de l’Agro-Industrie, de la Sécurité Alimentaire, de l’Économie Bleue et de la Pêche, qui reste garant et responsable de la sauvegarde de la flore et de la faune endémique et indigène de Maurice et de Rodrigues.
Des liens ont été par ailleurs tissés avec l’Université de Maurice, des ONG telles qu’Ebony Forest Ltd, avec des entreprises privées comme le groupe ER (ER Agri – ENL/Rogers), la Réserve François Leguat à Rodrigues, le groupe Ciel (Vallée de Ferney), la Maison Rouillard (pépinière Endémika), et enfin avec Jean-Claude Sevathian, expert indépendant, et Rechad Golamaully, Mario Allet, Jean Harel Bégué et Richard Payendee, des naturalistes bénévoles.
Des échanges sont également prévus avec le Mascarene Islands Plant Specialist Group, le Botanic Gardens Conservation International et le comité français de l’UICN, pour garantir que les évaluations produites s’inscrivent dans les standards internationaux les plus exigeants.
Ce projet est financé par l’Union européenne dans le cadre du programme INTERREG VI océan Indien dont l’Autorité de gestion est la Région Réunion.


